La genèse
Le théâtre d’Auguste Cador est construit en 1884-85. C’est le premier théâtre en matériaux durables de Charleroi ; le « Grand Cirque » de la place du Manège – qui deviendra plus tard le Théâtre des Variétés et, en 1957, le Palais des Beaux-Arts – ne verra le jour qu’en 1902. Sous le nom de Eden-Théâtre, la salle accueille des troupes permanentes d’opérettes, des opéras-comiques, des drames, des comédies et du vaudeville. En 1892, l’illustre Sarah Bernhardt vient y jouer « La Dame aux Camélias » au profit des familles des victimes de la catastrophe minière d’Anderlues. La petite histoire raconte d’ailleurs que l’actrice se serait foulé la cheville sur la scène en pente et n’aurait plus jamais voulu revenir dans la cité carolorégienne pour cette raison. Plus tard, pour ne pas confondre le lieu avec le cinéma Eden situé dans le Palais du Peuple, la population carolo rebaptise la salle « Ancien Eden ». C’est d’ailleurs cet intitulé que l’on retrouve sur l’arrêt de tram situé devant les lieux.
L’exil
Incapable de continuer à gérer sa salle, Auguste Cador convainc la Province de Hainaut de racheter l’Eden. Le lieu accueille pendant plusieurs décennies un public nombreux et la brasserie ne désemplit pas. Pendant la seconde guerre mondiale, l’Eden sert même de quartier général aux alliés venus libérer Charleroi. Mais, à la fin des années 50, la salle tombe peu à peu en désuétude à cause de la concurrence de l’imposant Palais des Beaux-Arts. On n’y donne plus guère que des combats de catch et de boxe et quelques spectacles de variétés. La Province de Hainaut finit par transformer le lieu en école : la brasserie devient d’abord une bibliothèque puis est scindée pour accueillir des classes tandis que la grande salle se mue en salle de gymnastique.
La résurrection
Au début des années 90, la Province quitte progressivement l’Eden pour installer ses élèves à la Samaritaine et dans d’autres implantations. La petite équipe de la Maison de la Culture saisit alors sa chance et investit une partie des lieux en septembre 1992. La boucle est bouclée : l’Eden retrouve son affectation originelle de salle de spectacles.
Non sans mal. La Maison de la Culture – qui accèdera au statut de Centre culturel régional en 1995 – dispose alors de très peu de moyens. « On a passé plusieurs week-ends avec Ali Duman, Silvano D’Angelo et Mohammet Kamil à casser des murs à la masse et à transporter des briques à la brouette », se souvient Pierre Bolle, promu directeur l’année précédente. « La salle résonnait comme un tambour. On l’a isolée acoustiquement avec de la laine de roche et on a tout repeint en noir ». C’est le groupe Sttellla qui inaugure la salle avec son tubesque « Tous, tous, tous à Torremolinos ». « Au départ, il n’y avait pas de places assises », poursuit le directeur, « On a ensuite récupéré des gradins en bois et en métal que le Palais des Expositions utilisait pour les spectacles d’Holiday on Ice. Même si on y avait ajouté des dossiers, ce n’était pas très confortable ! » Mais si la salle de spectacle peut fonctionner, la partie administrative du bâtiment est complètement mérulée et les combles sont infectées de crottes de pigeons. Il faut tout reconstruire.
En juin ’96, l’Eden ferme donc à nouveau ses portes pour entamer d’importants travaux de rénovation. Le projet architectural est confié aux architectes Pierre et Pablo Lhoas, carolorégiens d’origine. Le bâtiment intègre également une œuvre du sculpteur Marc Feulien.
L’Eden, flambant neuf, est inauguré en grandes pompes le 23 septembre 1997, à l’occasion de l’ouverture du troisième festival Charleroi bis-ARTS.
Aujourd’hui, l’Eden fonctionne en synergie avec le Palais des Beaux-Arts en proposant une programmation multidisciplinaire siglée « PBA+Eden » et occupe une place de choix dans le paysage culturel carolo. Après un siècle de galères, le paradis est retrouvé.