J’ai créé mon école de danse « Les Joies de la Danse » en 1975, à Anderlecht, et j’y donné cours durant 30 ans. J’y ai formé des danseurs qui sont devenus professionnels, tant professeurs que danseurs étoiles.
Je me suis installée à Manage et donné cours durant 12 années. Puis, en mai 2005, j’ai complètement arrêté l’enseignement de la danse pour me donner entièrement aux contes.
C’est ainsi que j’ouvre et crée « la Maison du conte de la Région du Centre » à la Ferme de Scailmont.
Je travaille essentiellement à notre maison du conte, de Manage, mais je conte à la demande aussi… je vais notamment dans les écoles, ou j’organise des balades à vélo dans la région.
Le métier de conteur, c’est un peu le métier du rêve… ça nous sort des tracas de tous les jours, ça nous fait toujours un peu rêver. Que l’on conte aux enfants ou aux adultes, il n’y a rien de plus beau que leurs yeux émerveillés quand ils écoutent ! Le moment conté est un moment de bonheur.
Je lis énormément, et je réécris les histoires à ma façon. Je commence doucement à écrire, mais je n’ai pas encore dit « mes contes ». Ce que je m’amuse à écrire, pour l’instant, ce sont des petites comptines. Trois-quatre phrases amusantes qui vont scinder, qui vont faire passer d’un conte à l’autre.
Je suis toujours dans la création. Je raconte toujours des histoires différentes. Pour certains contes, je bouge ; pour d’autres, je reste assise. Ça dépend un petit peu de l’ambiance, ou du conte lui-même. Il y a des contes où j’aime bien travailler le rythme, trouver des petites chansons, des petits moments pour souffler. Il y a des contes simples (qui se basent sur la répétition), d’autres plus complexes, qui demandent plus de travail. Ce sont ceux qu’on a moins dans l’imaginaire collectif.
L’important, c’est de bien voir les images. Parce que si tu ne travailles pas ton imaginaire, tu ne sais pas faire travailler l’imaginaire des autres.
Malgré le fait que je me nourris des livres pour conter, j’insiste beaucoup sur la différence qui existe entre une lecture et un moment conté. Dans la lecture, il y a un livre ! Quand les enfants me demandent pourquoi je n’ai pas de livre en mains, je leur réponds que je vais raconter une histoire, et qu’ils vont devoir faire travailler leur imagination… C’est la différence ! C’est ça que je trouve très chouette, parce que chacun a son imaginaire personnel !
Le moment conté, c’est quelque chose qui te permet de vivre ce que tu entends.
Tout est culture.
La démarche culturelle, c’est ouvrir un maximum de portes, de possibilités, aux personnes, aux enfants. Il faut avoir un éventail le plus large possible.
En tant que parents, malheureusement, on ouvre surtout les portes qu’on aime. Moi, j’ai toujours amené mes enfants à des spectacles de danse, jamais au théâtre ! On se dirige toujours vers ce qu’on ressent le plus… Parce que c’est ce qu’on transmet le plus naturellement.
Pourtant, je pense que la culture, ça doit être une ouverture perpétuelle, sans œillères. Bien sûr, il y a des choses qui nous intéressent et d’autres qui ne nous intéressent pas… Mais il faut essayer d’éviter de juger. Tout ne peut pas nous plaire !
Cette ouverture culturelle est liée à l’épanouissement de l’être humain. Grâce à la culture, on découvre de tas de choses. Des belles choses.
La culture, c’est aussi l’apprentissage. L’apprentissage de certaines techniques, certains langages… c’est tout ce qu’on doit apprendre à l’école, et en dehors de l’école.
Visiter sa ville, c’est déjà culturel ! C’est d’ailleurs pour cette raison que j’aime les balades à vélo, ça permet de découvrir d’autres horizons. Découvrir son village, la vie de son village, ce que les gens ont connu dans le passé – sans pour autant ressasser les misères -, c’est faire apprécier des petits bonheurs, des petites joies qui font le bonheur, c’est une culture aussi.
Pour le moment, je ne vais plus voir de spectacles. A part les spectacles de contes ! Pour le plaisir d’écouter.
J’ai toujours aimé lire. Mais je me suis racheté toute une bibliothèque depuis que je me suis mise à conter. Et j’ai redécouvert les livres de mes enfants qui étaient restés dans des cartons depuis 12 ans ! J’ai de magnifiques livres. J’ai toujours acheté des beaux livres, avec de beaux dessins. C’est un peu plus cher, mais ils sont tellement beaux qu’on les garde !
A côté des livres, j’ai toujours eu aussi le culte de la musique. J’ai des centaines et des centaines de disques à la maison ! Des musiques qu’on ne retrouve plus aujourd’hui, puisque maintenant, on enregistre ce que les gens veulent bien entendre, et donc, on tourne toujours autour des mêmes choses.
Je suis en rupture totale avec la danse. Je ne veux plus en entendre parler. C’est tellement éphémère ! Quand on pense qu’à 40 ans, un danseur ne peut plus danser ! Le corps souffre trop… Je suis totalement contre des écoles comme l’Opéra de Paris. D’abord parce que les enfants n’ont plus de jeunesse. Est-ce vraiment nécessaire ? Ensuite, à quoi sert de casser le corps, d’obliger de faire des pointes ?
D’autre part, beaucoup professeurs l’oublient : quand on enseigne, il faut laisser à l’enfant son style, en évitant absolument de vouloir en faire une copie conforme de soi-même. Je n’ai jamais obligé mes élèves à faire des pointes. Je n’ai jamais voulu faire des spectacles de ballet du répertoire parce que pour moi, les ballets du répertoire demandent une technique déjà très acquise, qui exige la perfection. On ne peut pas demander ça à des enfants ! Il faut des spectacles, des chorégraphies spécialement créées pour eux. C’est seulement alors qu’on les met en valeur !
Il y a beaucoup de choses qui se passent dans la région.
Il y a beaucoup de choses, mais il faut choisir de la qualité. Ça ne doit pas être facile de faire un programme, il doit y en avoir pour tous les goûts… mais il faut promouvoir du beau travail Moi, je marche par coups de cœur. Je pense que les programmateurs doivent fonctionner comme ça.
Avoir des artistes en résidence me semble important si la visée du projet est pédagogique. Que ce soit au niveau de la danse, du conte, du théâtre, de la peinture. Cela permettrait de faire profiter les enfants, les gens de la région de son savoir. Ça n’a pas d’intérêt de ne pas donner aux autres. L’important, c’est de transmettre !
L’idée de faire venir un artiste de renom qui veuille bien marcher et offrir son savoir, c’est génial ! Il pourrait faire se révéler à eux-mêmes les élèves.
Propos recueillis par Julie Wauters
16 mars 2006