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Interviews

Aides Familiales

Aides familiales

Qu’est-ce qui vous a amenées à la création du spectacle avec le Théâtre de la Guimbarde ?

1 : Evelyne Bouffioux : tout est parti du fait que dans notre profession, on a des formations. Je ne pensais pas que ça avait à voir avec le Centre culturel, mais un jour on nous a proposé de faire partie de la commission des aides familiales et de participer aux événements organisés. Comme j'aime bien m'ouvrir à tout, je me suis inscrite. J'ai plongé sur le théâtre, pour voir ce qui se passait à l'envers du décor. Je ne pensais pas, au début, que je devrais moi-même participer, qu’il allait falloir faire le clown !

Mais il faut dire que depuis que je suis petite, je rêvais de donner quelque chose, je crois qu’on a tous ça en soi. Quand je regarde certains acteurs comme Alain Delon ou Jean-Paul Belmondo, ils disent que le théâtre leur a apporté plus que le cinéma grâce au contact avec le public et donc je me dis pourquoi eux pourquoi pas moi, si ça marche, ça marche…

2 : Anne-Marie Bruneau : quand l'occasion s'est présentée, j'ai foncé. Quand on est jeune on est très occupé par la vie. Alors, moi, j'ai poussé mes enfants à faire ce que je n'ai pas pu faire... Mon fils a fait de la musique. Si je ne l'avais pas poussé, il ne l'aurait pas fait. Maintenant s’il continue, c’est parce que je l'ai motivé. Au fond, je crois que c'était ma motivation à moi.

Et puis, j’aimais bien l’idée de jouer un autre rôle que celui qu'on joue d'habitude.

1 : Même si on a choisi de parler de notre travail pour en donner un aperçu au public… Ce que nous faisons n’est pas très connu !

Qu’avez-vous voulu montrer de votre travail dans ce spectacle ?

2 : On a beaucoup parlé entre nous de ce que nous vivions l’une et l’autre chez les gens.

1 : Et puis, on a voulu dépasser notre métier, et vraiment montrer tout ce qui peut se passer au quotidien. Dans le quotidien, on côtoie les gens avec leurs joies, leurs tristesses. On partage leur vie de tous les jours. On va chez les jeunes, on voit des ados. Il n'y a pas de travail. Il y a la drogue. Il y a tout.

Et ça a marché : beaucoup de personnes de mon entourage qui sont venues voir le spectacle m’ont dit : « c’est la vie de tous les jours ». Ils ont perçu d’autres choses, différentes du métier.

Vous-mêmes, que cherchez-vous dans la culture ?

2. Avant, je n’allais pas beaucoup au théâtre même si j’ai toujours adoré cela ! Maintenant, d’avoir participé à la pièce, ça m’a ouvert un bel accès à la culture. J’y cherche toujours un petit quelque chose qui va me toucher. Ou alors, je vais parfois à des spectacles quand je suis sûre d’y passer un bon moment de détente. Je recherche quelque chose de souriant, qui est tiré par un vaudeville, qui va me faire rire.

1 : Moi je vois ça d'un autre oeil : il y a des passages dans une scène où on se retrouve, où on retrouve quelqu'un de proche, où on se dit ça porte soit une joie ou des grincements de dents qu’on a soi-même connus… C’est vrai que parfois, on en frissonne.

Par exemple, au festival bis-Arts, ce sont des spectacles hors du commun qui apportent beaucoup, on en tire beaucoup de leçons, ou on peut prendre ça simplement avec humour. Mais j’essaye de tirer toujours une conclusion pour mener peut-être différemment ma journée, ma vie, ça dépend. On voit un autre monde.

En tout cas, je participais assez bien à des spectacles auparavant mais je les perçois d'une autre manière maintenant ! Maintenant, je sais le travail qu’il faut y apporter, en quoi ça consiste. Ce n'est pas permis à tout le monde non plus de se lancer à vouloir faire d'un rêve une réalité !

Vous semblez prêtes à recommencer…

2. Tout était positif, pourquoi arrêterait-on ?

1 et 2 : Le public a été très chaleureux. Il y a même eu quelques critiques.

1 : Et ça en a touché beaucoup parce que c'est la vie quotidienne de Monsieur tout le monde et certains se sont reconnus ou ont reconnu un proche de leur famille dans les histoires. Certains sont mêmes revenus quand on a rejoué la pièce, quelques mois après.

2 : D’autres se sont bien amusés parce tout était vu sous l’angle de l’humour.

En plus, cette expérience a élargi notre cercle d’amis. Dire qu’on ne se connaissait pas tout en faisant le même métier !

1 et 2 : Et puis, après cette aventure, on a ressenti un très grand vide…

2 : Alors, on a de nouveau choisi quelque chose de la vie : un groupe de femmes qui s’éclatent. La crise de la quarantaine !

1 : Arrivés à cet âge-là, on s'aperçoit qu'on a travaillé, on a élevé nos enfants, on a essayé que tout se passe au mieux et puis on se demande ce qu'on a fait de notre vie ! Alors on veut s'éclater… Comment ? En se regroupant entre femmes ! Là va se poser une question très actuelle : l’anniversaire de divorce. Ça va être cocasse !

2 : Les thèmes sont ceux qu’on rencontre dans notre travail : on a mis les plus touchants. Par exemple, une de mes collègues qui a la tête dure, à devenir méchante, mais en fait, elle s'est forgé une carapace pour cacher une souffrance d'enfance.

1 : Pour créer les personnages, on est parties de nous-mêmes. Mais on a essayé de faire de chaque personnage un personnage de la vie de tous les jours. C’est le cas de tout le monde de vouloir une fois faire des bêtises, ou cacher quelque chose, comme celle de la pièce qui se cache pour boire. Il y en a une aussi qui ne fait que des critiques parce qu'elle s'est toujours trouvée trop grosse par rapport aux autres… ça va démontrer le caractère de chacune. Une qui est heureuse, l'autre qui pleurniche etc.

1 :Pour conclure, je dirais que c’est la porte de mes rêves qui s’est ouverte…

Propos recueillis par Céline Lefebvre