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Interviews

Léon Massart

La culture dans ma vie

Mon père était menuisier. Comme j’étais l’aîné, j’étais naturellement destiné à reprendre sa menuiserie. Mon frère a lui aussi fait la menuiserie. Mais travailler avec lui, ça ne m’intéressait pas. Mon père m’a conseillé de continuer en construction civile. C’est ce que j’ai fait. Puis j’ai fait une année de spéciale math pour devenir géomètre. La même année, je terminais l’Académie au violoncelle. Un des membres du jury qui étais professeur à Mons m’a encouragé à continuer. J’ai donc commencé le Conservatoire en 1969. J’avais 22 ans. J’avais toujours joué de la musique. Mes parents étaient musiciens : mon père chantait et ma mère jouait du piano. J’ai fait du violoncelle pour une raison « familiale ». Pendant la seconde guerre, un des mes oncles, qui s’appelait Léon, est mort à seize ans. Son train a été bombardé près de Boulogne-sur-mer, alors qu’il était évacué. Quand je suis né, j’étais en fait le successeur de mon oncle : il fallait que je sois mâle, que je sois blond et que je joue du violoncelle, comme lui.

Après le Conservatoire, j’ai fait mon service militaire. Quand j’ai eu terminé mon service, je m’étais dit que je prendrais la première place qui arriverait, que ce soit en menuiserie, en construction civile ou en musique. Il fallait que je gagne de l’argent. Ma femme en gagnait déjà. J’ai d’abord travaillé dans la menuiserie de mon père qui lui prenait des vacances avec le frère du directeur des Aumôniers du Travail. Justement, aux Aumôniers, ils cherchaient un professeur de musique et j’ai commencé là-bas. Je donnais aussi cours de violoncelle à Binche et à Marcinelle où je suis toujours resté.

Quand on donne cours en cours du jour, il y a un programme qu’il faut imposer aux élèves. La pédagogie est importante sinon tu te fais chahuter. J’ai donné cours à des individus assez difficiles puisque j’ai donné cours dans le spécial. Mais je ne me suis jamais fait taper dessus. Ce qui est important c’est le contact. J’ai toujours réussi à faire passer ce que je voulais, enfin, dans la plupart des classes… En Académie, ça s’est toujours très bien passé. Il y a des élèves avec différents niveaux.

J’aime beaucoup le cinéma. Mais pas nécessairement les nouveaux films. Au théâtre, j’aime quand ça sort un peu de l’ordinaire. La dernière pièce que j’ai vue c’était à l’Ancre et forcément ça sortait de l’ordinaire. J’aime beaucoup la radio, surtout les radios « parlote », et pas tellement la musique comme on pourrait le croire. J’écoute de temps en temps un CD ou l’autre.

Ma femme va souvent voir des chanteurs. Moi je trouve que la musique, il vaut mieux la faire que de l’entendre. J’aime jouer dans un petit groupe de musique de chambre, mais aussi dans des groupes qui ne jouent pas de la musique classique. J’aime par exemple jouer la petite suite québécoise. J’aime le contact qu’il y a entre les musiciens. J’aime jouer dans un orchestre. Mais il y a quand même en musique des tas de choses que j’aime écouter. De toute façon, la musique, on est obligé de l’entendre, même quand on fait ses courses. Tu entends surtout de la musique de variété que je n’aime pas de trop. Mais il y a certaines choses pour lesquelles je suis capable de m’arrêter avant le tunnel pour ne pas que la radio s’arrête. J’aime beaucoup Cabrel, Carla Bruni, Linda Lemay, Isabelle Boulay… Mais je n’aime pas les concerts, je suis un peu agoraphobe.

La culture, qu’est-ce que c’est ?

La culture, c’est essentiel, mais ça touche à tellement de domaines… La culture, pour moi, c’est connaître le plus de choses dans le plus de domaines possibles. C’est l’essentiel des humanistes. La culture ça part dans tous les sens, ce n’est pas spécifique à l’art. En tous cas, la culture, ça n’est pas le sport.

La culture dans la région

Je trouve que la culture devrait servir à relier les différentes ethnies. Ici, à Farciennes, il y en a à peu près septante. Au niveau culturel c’est fort scindé. Il y a un clivage. Les gens ne se mélangent pas, ils se rassemblent entre eux. Il n’y a pas d’ouverture possible. Je ne pense pas que ce soit lié à la profession. Par exemple, le plafonneur qui est venu chez moi n’a écouté que du classique pendant qu’il travaillait. Ceux qui sont arrivé ici, c’est parce qu’ils crevaient de faim chez eux. Ce ne sont pas des gens qui ont une culture de base. Puis le fait que la religion ne soit pas pareille, ça change beaucoup de choses. Ce sont des questions difficiles.

Il y a un club turc ici tout près, mais on n’a pas envie d’y aller. C’est un tors. Je pense qu’ils font des concerts. On manque de renseignements. A Farciennes, il y a une chorale, la Barcarole, qui fait régulièrement des concerts. Ma fille en a fait partie. Je trouve que ce genre de choses, ça relie les gens. Je vais de temps en temps au centre culturel ici. Il y a des comités de quartier qui se créent, je trouve ça bien. Il y a des projets qui se développent, mais on ne sait pas si ils se réaliseront. Par exemple, le vieux château de Farciennes, si le projet de rénovation se concrétise, je trouverais ça fantastique. On a laissé tomber ça alors que ce bâtiment n’est pas si vieux. C’est de ma génération. Quand ma femme était jeune, elle allait à des réceptions là-bas. Je suis fort sensible au patrimoine. La culture, c’est aussi cela.

Je crois que les gens de la région sont ouverts sur la culture parce qu’il y a quand même peu de spectacles qui ne sont pas « sold out ». Que ce soit l’opérette, l’opéra ou la variété, c’est souvent difficile d’avoir une place. Il manque peut-être de lieux, mais les lieux sont pleins. Quand je vais à l’Eden, je vois que c’est plein chaque fois. Ca a toujours été comme ça. Ils n’ont jamais monté d’opérette sans que avoir la salle pleine. Mais bon, cela concerne un cercle assez fermé. La culture est centralisée à Charleroi. Quand il y a des « décrochages » je trouve ça très bien. Il y a eu à un certain moment des représentations du Théâtre de l’Ancre sur le marché de Farciennes. C’était bien, on allait vers les gens.

Ici, au centre culturel, il y a eu des choses et il y a encore des choses. Je pense que le centre culturel, ce devrait être l’académie, mais les bâtiments se trouvent dans une zone qui est vraiment à risques. C’est presque impossible d’y laisser sa voiture en la retrouvant entière.

Je me trompe peut-être mais je crois que je suis assez bien renseigné pour dire qu’ici, la culture ne va pas croissant. Par rapport à Aiseau-Presles ou à Charleroi, nous sommes les parents pauvres.

Propos recueillis par Estelle Spoto