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Interviews

Nicolas Chevalier

Nicolas Chevalier

3D-Structure Marcinelle le 14 décembre 2004

La culture, c'est quelque chose qui doit nous aider à grandir et à ouvrir nos esprits. (...) Un travail conséquent et cohérent, ce n'est pas forcément quelque chose de beau ou de rigolo. Ca peut parfois être dur, dérangeant. Je suis partisan d'une culture relativement pointue, avant-gardiste parce que j'estime que c'est comme ça qu'on progresse. Et le but de la culture, c'est de faire progresser une société.

La culture et l'art représentent l'ensemble de mon parcours. Je n'ai pas d'autre centre d'intérêt. Ma vie professionnelle et mes loisirs se confondent. J'ai commencé par des activités littéraires, l'art plastique, la musique. Je me suis toujours intéressé à différents domaines, de manière tout à fait autodidacte. Je n'ai pas fait d'étude, j'ai eu le temps de faire ce que je voulais. Je ne vois pas d'autre définition. C'est toute ma vie.

J'ai plusieurs casquettes entre guillements, et donc plusieurs objectifs. Il y a mon activité dans 3D structure. Je la fais parce que j'estime qu'il manque beaucoup de choses dans cette ville, dans cette région. Tout ce qui est émergent, toutes disciplines confondues, que ce soit en arts plastiques, en musique. Quand je dis région, je vais même au-delà de la région de Charleroi. Le but c'est de créer ici un vrai petit centre culturel alternatif qui donne la parole aux gens qui sont "oubliés" par les institutions. Les institutions ont un regard de plus en plus consensuel sur la création. On vit à une époque où le loisir est roi, on doit faire plaisir aux gens. Donc forcément, il y a tout un pan de la création qui ne se trouve pas dans cette définition. Aujourd'hui, il y a de la musique électronique dans tout. S'il n'y avait pas eu les avant-gardes, la musique électronique n'existerait pas.

Artistiquement je travaille notamment avec Collactif, un collectif de collagistes qui s'est créé en 2001. On fait une expo annuelle et une revue. Je m'occupe de l'organisation de ce collectif puisqu'il y a une expo annuelle qui se tient à 3Déstructure. C'est un groupe informel. Tout part d'une envie. On se met autour d'une table et on se dit qu'est-ce qu'on va faire ? Il n'y a pas de règles, que du contraire.

Faut-il (re)définir la culture à l'heure actuelle ?

Beaucoup d'activités vont chercher dans les budgets culturels et ne sont pas de la culture. J'ai connaissance de choses qui se font et qui pompent énormément d'argent qui normalement devrait être attribué à la culture. En fait ce sont plutôt des opérations marketing voire merchandising. Je pense notamment à ce qui se fait en général dans le monde de la Bande dessinée, par exemple. Est-ce que c'est vraiment de la culture ? On est en droit de se poser la question. Redéfinir, je ne sais pas si c'est le terme adéquat. Il faut prendre conscience que la culture c'est quelque chose qui doit nous aider à grandir et à ouvrir nos esprits. Donc ce n'est pas forcément quelque chose d'agréable et que ce soit en termes de spectacles, de musique ou d'arts plastiques. Un travail conséquent et cohérent ce n'est pas forcément quelque chose de beau ou de rigolo. Ca peut parfois être dur, dérangeant. Je suis partisan d'une culture relativement pointue, avant-gardiste parce que j'estime que c'est comme ça qu'on progresse. Et le but de le culture c'est de faire progresser une société. Mais je suis très méfiant par rapport aux événements grand-public. Je ne dis pas que systématiquement les activités grand-public ne sont pas de la culture mais c'et bien souvent le cas. Justement, la culture ce n'est pas quelque chose qui doit faire le consensus. Ca ne peut pas plaire à tout le monde. En même temps il y a suffisamment de courants et de domaines pour pouvoir toucher un maximum de monde. Moi ici à 3Déstructure je ne cherche pas à toucher 300 ou 400 personnes. Ce n'est pas le but. En 1999, j'ai fait venir des labels anversois aux Ecuries pour le festival Livressse. Il y avait 100 personnes dans la salle, la moitié est sortie parce que la musique était difficile. Maintenant avec notre dernière activité, un live électro-noise, 20% de la salle est partie. Quelque part, on a rempli notre mission. Ca commence à être accepté.

Quel est le rôle de la culture dans le développement régional ?

Les politiques citent souvent certaines villes en exemple comme Lille ou Bilbao. Lille 2004 était très prestigieux et en même temps, ça a permis à pas mal d'initiative de moindre envergure, plus proche des attentes de la population, d'éclore. Malgré tout ce sont les plus grosses institutions qui en ont profité.

Le rôle de la culture, ça dépend des moyens qu'on veut bien lui accorder. Quand on voit ce qui se fait en Flandre. Il y a pléthore de groupes, de musiciens, que ce soit au niveau du rock, de la musique électronique, des compagnies de danse, des plasticiens qui tournent partout dans le monde. Les Flamands ne sont pas plus intelligents que nous. Ils donnent certainement plus d'avantages à leurs artistes que chez nous.

Dans la région de Charleroi, ce n'est pas pire qu'ailleurs en Région Wallone. Même si on sait bien que Charleroi, par rapport à son importance démographique, ne bénéficie pas de suffisamment de subsides. La répartition au sein même de la Wallonie entre les différentes villes n'est peut-être pas très équitable. Liège bénéficie de plus de subsides, a deux écoles d'art au niveau graphique, des écoles d'art dramatique, une université. Donc il y a certainement un foisonnement plus intense. Mais au niveau des institutions, des politiques, des responsables, je ne pense pas que ce soit mieux qu'ailleurs.

La communauté doit savoir répondre aussi aux attentes des artistes. Le fait qu'il n'y ait pas d'école d'art, c'est déjà une grosse carence. Nous n'avons qu'une Académie en horaire décalé. Ce n'est pas en ouvrant des cours du soir à gauche et à droite qu'on va combler les carences au niveau de la formation. Il faut aussi que les artistes puissent se retrouver et encore une fois que les responsables de leur région, de leur ville ait du répondant, s'intéresse à leur travail. Ici c'est un endroit qui est beaucoup fréquenté par des artistes du coin et d'ailleurs. Je n'ai jamais vu un responsable venir voir. Samedi je suis allé à la Médiathèque voir un jeune artiste de Châtelet qui expose. Je n'ai vu aucun responsable d'institution culturelle venir voir, ne fut-ce que montrer de l'intérêt. Il y a aussi un autre phénomène. Je crois qu'il y a un problème en Wallonie, encore une fois tous domaines confondus, c'est qu'on ne fait pas suffisamment confiance aux jeunes. Et on remarque que souvent, malheureusement, les décideurs, politiques ou autres, sont un peu dépassés par les événements. Par exemple, si on englobe et que l'on confond les musiques actuelles, émergentes, électroniques, forcément, les gens ne suivent plus, ne comprennent pas.

Propos recueillis par Céline Lefebvre