Je suis né à Gerpinnes, au sud de Charleroi, dans un milieu rural qui est important pour moi.
Je suis allé à l’école primaire à Hymiée, où mon père était instituteur, et où on mon grand-père avait été instituteur. Après l’école primaire, mon parcours estudiantin s’est révélé chaotique, jusqu’à des études très mauvaises en art. Je dis « très mauvaises », parce que je n’ai pas trouvé ce que j’y attendais ou ce que j’aurais dû y trouver : j’ai rencontré trop de gens qui se contentaient de parler d’eux et/ou d’obliger les étudiants à reproduire leurs propres travaux.
Après mes études, j’ai eu la chance de pouvoir travailler pendant 7 ou 8 ans avec mon oncle, Zéphyr Busine. C’était l’époque de l’exposition universelle de Bruxelles. Il y avait beaucoup à faire... J’ai rencontré Jacques Dupuis, un des architectes géniaux de l’après-guerre, qui m’a bien plus appris mon métier que l’école. Je faisais toutes sortes de choses, depuis la mise en couleur d’un mur jusqu’à la confection de maquettes de moteur. J’avais 24-25 ans.
Ensuite, je suis entré dans l’enseignement. J’étais l’assistant de mon oncle, en communication graphique, à l’académie de Mons. J’y ai fait la connaissance de Gustave Marchoul, un graveur talentueux. Il m’a ouvert les portes de l’art contemporain, m’a fait découvrir la revue « Cimaises »… C’est lui qui m’a incité à m’intéresser à la gravure. Il était capable de répondre à toutes mes interrogations, alors qu’elles étaient toutes restées en suspens chez mon professeur de peinture, qui, pour ne pas le citer, était Gustave Camus. Et, lorsque Marchoul a quitté Mons pour La Cambre, je l’ai remplacé. Depuis, je me consacre principalement à la gravure.
Parallèlement à mon activité d’enseignant, j’ai toujours développé une volonté tenace de faire connaître, de diffuser, de montrer la gravure. Et je me suis lancé dans la mise sur pied, avec l’aide de Marchoul, des cahiers »2G » - qui reprenaient des travaux d’étudiants de La Cambre et de Mons. Avec les mêmes étudiants, en 1971, j’ai monté l’association Tandem dans le but d’organiser des expositions, mais qui va se consacrer finalement uniquement à l’édition. En 1976, avec André Lamblin, j’ai organisé cinq Biennales internationales de gravure à Condé-Peruwelz.
En 1990, Marchoul quittait La Cambre, et le directeur me proposait d’y être muté. J’ai accepté volontiers, parce que j’étais un peu étouffé à Mons - par le groupe MAKA, notamment. Il me restait 10 années à faire dans l’enseignement, j’avais le souci de me remettre en question, de connaître une autre ambiance, d’autres collègues…
J’ai donc enseigné la gravure et l’illustration du livre à La Cambre, et ai terminé ma carrière en devenant directeur de l’école, de 1998 à 2000.
L’enseignement artistique ne doit pas être comparé avec l’enseignement général. Les disciplines artistiques sont des disciplines que l’on acquiert en atelier, c’est-à-dire en laboratoire, avec quelqu’un qui bénéficie d’une grande expérience. Il n’y a pas de théorie précise, il n’y a pas de loi. C’est du compagnonnage qu’il faut faire. Pour accompagner l’étudiant le plus loin possible vers ce qu’il veut. Mettre cet enseignement-là sur le même pied que l’enseignement universitaire est une erreur. Les conséquences sont déjà là : on diminue le nombre d’heures d’atelier au profit d’heures de théories !
Mon père, instituteur, employait presque la méthode Frennet, c’est-à-dire l’observation, la manipulation des choses, la réflexion et puis la déduction. Ça a beaucoup influencé mon propre travail d’enseignant. D’ailleurs, je ne disais que très tard à mes étudiants ce sur quoi, moi, je travaillais.
Premièrement, parce que j’étais dégoûté de la peinture, et que Marchoul m’a guidé vers la gravure.
Ensuite, parce que je me suis aperçu que la gravure circule beaucoup mieux que la peinture. Elle s’expédie à New-York ou à Tokyo, facilement. Je n’aurais jamais pu participer à autant d’expositions internationales si j’avais fait de la peinture !
Enfin, parce que, comme c’est un multiple, le prix de vente est moindre qu’une œuvre originale. Donc, c’est accessible à plus de personnes. L’objet sacralisé, la pièce unique que je suis le seul à posséder, m’agace. On peut partager !
C’est aussi ce besoin du partage qu’on retrouve dans la démarche des éditions Tandem. Si je faisais du commerce, je serais tenté de montrer ce que je suis sûr de vendre. Alors que j’ai autant de plaisir à faire venir des artistes des Pays de l’Est pour les exposer chez moi que d’exposer moi-même…
Au départ, nous étions six. J’avais lancé cette idée auprès des étudiants de l’atelier de gravure de l’académie de Mons pour rester en contact avec eux et continuer l’œuvre d’enseignement. Nous montions surtout des expositions, que nous accompagnions de quelques portfolios. Puis, l’équipe s’est réduite. (Aujourd’hui, nous sommes deux : mon épouse et moi-même. Mon épouse s’occupe des problèmes de comptabilité, de secrétariat, contacts, foires et marchés du livre, reliures de certains livres…)
Un jour, Eddy Devolder, un ami, a retrouvé des cassettes d’une interview qu’il avait faite de Joseph Beuys à Gand. Je lui ai tout de suite proposé de publier les cassettes, pour entendre la voix de Beuys. Mais le coût des cassettes était trop élevé, et la diffusion de cassettes, quasi impossible. Alors on a décidé de retranscrire l’interview, en faisant un petit livre.
C’est comme ça que les éditions Tandem ont démarré. Avec la collection « Conversation avec ». Nous en sommes aujourd’hui au 55e numéro. C’est toujours par amitié ou copinage. Il y a Baselitz, Christo, et on espère Soulages, un jour… Il y a Lismonde, Jo Delahaut, Hugo Pratt… On a commencé avec une génération qui allait disparaître… On « descend » de génération, maintenant.
La deuxième collection est née d’une demande : ma directrice, à La Cambre, revenait du Japon. Connaissant mon activité de micro-éditeur, elle m’a remis un texte sur son voyage, contenant des questionnements sur l’architecture contemporaine japonaise… La collection « Alentours » était lancée ! Elle reprend ce qui tourne autour de l’art plastique. Parfois, c’est un livre théorique, comme celui de Carter, qui explique comment il conçoit sa sculpture. Ça peut être aussi un texte comme celui de Cornaille Hannoset qui raconte ses voyages, où il évoque de temps en temps la typographie au Japon, ou au Brésil…
Ensuite, j’ai créé la collection « Histoires en images ». Elle est partie d’un travail que je donnais à mes étudiants : raconter en images une histoire - traduisez : expérimenter la notion de suite et garder la même qualité dans chaque image. Ils ont présenté leurs travaux sur des feuilles séparées, qu’on a assemblées à la manière japonaise. Et on a fait le premier livre, sur des chutes de papier.
Le principe de départ de Tandem (défendre la gravure pure) continuait à m’être très cher : j’ai fait des portfolios/mini-expositions personnelles. On en a maintenant 19-20 avec des artistes de la Communauté française, ainsi qu’avec des artistes étrangers comme Segui, John Carter, Fijalkowsky
Il y a aussi les « Carnets de Voyage », une idée de Félix Roulin qui, un jour, nous a offert son carnet de voyage, fait en Egypte, sous forme d’accordéon. Quasiment tous les artistes font des carnets de voyage ! On a commencé par Félix, puis on a fait Pierre Caille, puis…
Enfin, il y a « Textes et Images ». La gravure, à ses origines, ne faisait qu’illustrer un texte. Donc on a trouvé des textes (de Michel Voiturier, Nicole Malinconi…) vis-à-vis desquels il y a des images. Ce sont des textes courts ; ce volet-là relève plus ou moins de la bibliophilie, qu’on tire à 30 exemplaires.
Chaque livre est une aventure. Pour les livres en tandem, il faut qu’il y ait une complicité entre les protagonistes. Il faut qu’ils se rencontrent, qu’ils parlent. Sans connivence, on reste des étrangers.
Le problème de Tandem, c’est qu’il n’y a pas de relève. Jusqu’où pourrons-nous aller ? Tandem n’est pas viable sans bénévoles. Augmenter le prix, ce n’est pas non plus possible. La fin m’inquiète. Je commence tout doucement à y penser.
Intervention de Thérèse, épouse de Gabriel Belgeonne et sa collaboratrice:
Pour travailler, on est deux. C’est un vrai tandem !
Il ne faut peut-être pas une relève. Ça se fera peut-être spontanément !
Habituellement, je réponds « si je savais parler, je serais avocat, si je savais écrire, je serais écrivain, comme je ne sais faire ni l’un ni l’autre, je peins ».
Après ma période d’enseignement, qui a été une période de gestuelle, d’abstrait, proche de la peinture expressionniste américaine de l’époque, je suis revenu à des choses un peu plus architecturées. Puis, j’ai trimbalé pendant une dizaine d’années la forme de la spirale et de l’ammonite, qu’on ne trouve plus maintenant. Pendant longtemps, je me suis préoccupé de cette forme, qui peut se lire soit de l’extérieur vers l’intérieur, soit de l’intérieur vers l’extérieur. Plus je travaillais sur elle, plus je trouvais qu’il y avait des choses à en dire. J’ai arrêté un beau jour, parce qu’on m’a dit « ça va, l’escargot ? ». J’aurais pu encore explorer sa symbolique, qu’on retrouve dans toutes les civilisations. Mais je l’ai abandonnée tout doucement pour arriver à la période actuelle, marquée par l’Orient, le vide, les écritures.
Ces trois grandes périodes se sont succédées en douceur. L’évolution s’est faite insensiblement, il n’y a pas eu de rupture. Les ruptures trop dures manquent parfois de sincérité… Pour moi, quelqu’un qui évolue, c’est quelqu’un qui est dans un questionnement.
Aujourd’hui, « tout » se passe dans le haut du tableau, parce qu’en Orient, l’élévation est plus importante qu’en Occident où il faut garder les pieds sur terre. C’est le vide qui supporte l’ensemble. J’écris des signes récurrents qui me sont naturellement propres, personnels. Je me raconte une histoire.
Ce n’est pas nécessaire que le spectateur connaisse l’histoire que je raconte. Je ne veux pas trop guider, trop imposer. Si on trouve quelque chose, on trouve quelque chose, si on n’y trouve rien, tant pis pour moi. Il y a autant de lectures que de spectateurs. Quand un spectateur me dit « ah oui, vous avez voulu dire ça », je réponds toujours « oui ! », parce que c’est sa façon à lui de voir les choses. Dans le fond, la liberté coûte cher. Or, j’ai envie de liberté. Et si j’ai envie de liberté pour moi, j’ai envie de liberté pour les autres.
Ma gamme de couleurs, c’est surtout le noir et le blanc. Très probablement parce que je n’ai que 25 ans de gravure derrière moi ! Ceci dit, je n’ai jamais été un grand coloriste, je suis incapable de jouer avec la couleur. Peut-être que je me laisse influencer par mon environnement : je vis dans un village et les couleurs que j’emploie sont des ocres, des terres… Je n’ose pas l’affirmer. Il y a aussi ce souci constant de dire avec peu de signes beaucoup de choses. Dire avec peu de couleurs beaucoup de couleurs, beaucoup de valeurs…
Certains de mes signes reviennent sans cesse. Par exemple, il y a « a », même si pour moi, ce n’est pas tout à fait « a ». « a,», c’est le début de l’alphabet, c’est par après qu’on peut former d’autres lettres, et d’autres mots, et d’autres phrases. Il y a une autre forme, une espèce de « t ». Le « t », c’est « Thérèse », ou « Tandem », ou la croix, mais qui n’est pas la croix que nous employons d’habitude. C’est une écriture. Ce sont des signes.
Je m’intéresse beaucoup à la typographie, aux livres, la naissance des alphabets, les alphabets différents. L’écriture, c’est ce qui reste des civilisations. L’écriture runique me plaît énormément. On la connaît assez peu ; je ne l’ai rencontrée, moi, qu’en allant en Suède. C’est une si belle écriture, au point de vue formel.
Je ne signe pas… D’abord parce que dans ce cas-ci, le vide disparaîtrait. Ensuite parce que les œuvres d’art les plus intéressantes ne sont pas signées. Est-ce qu’une sculpture grecque est signée ? Enfin, parce que, dès qu’il y a signature, il y a un côté mercantile… qu’achète-t-on ? La signature ou l’œuvre ? Cela étant dit, je signe derrière !
Une définition précise, ça me semble compliqué à donner.
Spontanément, quelqu’un que je qualifierais de cultivé, c’est quelqu’un qui est avide de connaître des choses. Et qui a du plaisir à apprendre - on doit faire tout avec plaisir, sinon, ça devient épouvantable ! Être cultivé, ce n’est pas nécessairement ressembler à une encyclopédie. Je trouve plus cultivé quelqu’un qui peut rester dix minutes devant une peinture à se poser des questions, à essayer de comprendre, de ressentir des choses que quelqu’un qui me dit le nom de l’auteur, les circonstances dans lesquelles l’œuvre a été faites.
De plus, pour moi, la culture, ce n’est pas uniquement les Beaux-Arts ! On peut s’intéresser à tout autre chose. Un homme qui cultive son jardin avec intelligence et soin peut avoir beaucoup plus à dire qu’un homme bardé de diplômes. Je n’aime pas qu’on parle de culture de manière élitiste. La culture doit être à la portée de tout le monde. Le tout est qu’on ait envie de se cultiver. Et d’en donner la possibilité.
Si je montre ma peinture à des gens qui n’ont jamais été au musée, qui n’ont jamais rien vu de culturel, ça va être difficile. Si, en musique, quelqu’un vous dit qu’il écoute Bach, mais qu’il ne connaît rien de plus nouveau, est-il cultivé ? La culture est tout le temps en renouvellement, et elle appartient à tout le monde. Elle est propre à chacun !
Quand on parle de culture, il faut tout de suite parler d’éducation. Pour se cultiver, il faut être éduqué. Et, là, bien souvent, c’est le désert. Il y a une recrudescence de la violence, et, parallèlement, à la télévision, on ne montre que des feuilletons policiers, des attaques de banque ! On ne voit jamais une émission où un père de famille travaille, essaye d’éduquer ses enfants correctement ! Qu’on ne s’étonne pas par après…
On fait tout pour ne plus se poser de questions ! C’est aussi quelque chose qu’on doit apprendre, le fait de se poser des questions !
On ne responsabilise plus. On oublie d’être acteurs ! Les enfants regardent en moyenne 3 heures par jour la télévision !
Pour moi, tout est culture. On ne peut pas dire « de neuf à midi, je me cultive ». Ce n’est pas possible. On doit vivre la culture !
À l’âge que j’ai, alors que beaucoup se disent que ça n’en vaut plus la peine, je suis habitué à aller chercher dans le dictionnaire la signification d’un mot que je ne connais pas.
Quand j’écoute la radio, que ce soit une émission scientifique, politique, tout m’intéresse. Et dès que je rentre, j’en discute avec mon épouse.
Je suis constamment à l’écoute. Ce qui parfois est embêtant. Il y a trop de choses qui font mal. Ce qui s’est passé en France, ces sans-logis… la rangée de tentes dans lesquelles ils dorment… alors que je suis à l’aise dans ma maison…
Le social, la politique, c’est une forme de culture. Les choses qu’on a connues dans la région de Charleroi sont révoltantes ! On ne peut pas rester insensibles à tout ça, mais que faire ? On pourrait se dire qu’il vaut mieux s’enfermer, vivre pour soi, chez soi, en grand égoïste. Tranquillement. Ce que trop de nos concitoyens font. Je vois les choses autrement. Je voudrais qu’elles soient autrement.
A ce propos, je considère que, dans mon domaine, je ne suis pas encore assez engagé. Je trouve que je devrais être plus violent. Ça me révolte quand je vois certaines politiques dites « culturelles » qui, avec l’argent des contribuables ne montrent que des vedettes internationales ! J’en ai marre que certaines institutions n’exposent que de la peinture ou de la sculpture qui viennent de l’extérieur. Il y a des gens chez nous qui travaillent et qui méritent d’être défendus. Sinon, qui le fera ?
J’ai eu, moi, une chance extraordinaire quand j’ai commencé ma carrière, de rencontrer au Ministère René Léonard, qui m’a encouragé dans mon travail en me présentant à certaines personnes, en faisant des expositions, en acquérant quelques pièces… je ne suis pas sûr qu’à cet âge-là, si je n’avais pas été encouragé, j’aurais continué. Je comprends pourquoi des jeunes qui ont du talent et des choses à dire abandonnent quand ils ne sont pas soutenus. C’est dans ce sens-là que je dis que je ne suis peut-être pas assez violent. Je le suis, mais pas assez.
Et ce n’est pas toujours une question d’argent ! Je fais partie de plusieurs conseils d’administration, et c’est toujours la même chose : on réclame toujours de l’argent ! Or dans un ménage, on ne dépense que ce qu’on a !
Un jour, un ancien étudiant de Mons m’apprend qu’il fait un salon d’art chaque année à Cul-des-Sarts. Il me dit que ce sont toujours les mêmes artistes. C’est un peu poussiéreux. Pas d’argent. Je réponds que s’il négocie avec l’administration communale de pouvoir envoyer deux cents enveloppes à ses frais, je fais fort de monter une belle exposition. L’administration accepte.
Nous avons donc envoyé une lettre à deux cents artistes du monde entier. Dans cette lettre : la proposition de faire un dessin, format A4, et trois possibilités concernant la valeur du dessin en question : soit ils offraient l’œuvre, soit l’œuvre était à vendre, soit nous leur retournions l’œuvre non vendue. 108 artistes ont répondu : ils avaient fait sur la feuille de papier un dessin ou envoyé une œuvre du même format. 84 ont dit qu’on pouvait la garder. Nous avons terminé la 15e Biennale, et nous avons trois milles œuvres dans la collection.
C’est comme ça que j’ai créé le Musée du Petit Format, à Nismes. Ça a coûté l’expédition de deux cents enveloppes.
Pour être tout à fait sincère, je vais dire que je n’ai pas d’opinion.
Ce que je vois, c’est que quand j’ai commencé ma carrière, dans les années ’60, il y avait une activité que je ne trouve plus maintenant. Robert Rousseau a organisé des expositions importantes à Charleroi. Quand il faisait un vernissage, les salles du PBA étaient pleines de monde. Avec une majorité de gens de la région. On oublie d’éduquer les Carolorégiens.
La deuxième chose que je constate dans la région de Charleroi, c’est que pour une agglomération de 250.000 habitants, il y a vraiment très peu de galeries d’art ! Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est parce que c’est une région sinistrée ! Il y a quand même de nombreux bourgeois : il y a donc de l’argent quelque part ! Mais on préfère la voiture sport, la piscine couverte…
Il y a la galerie Cerami. Il a une ligne de conduite, c’est son droit le plus strict. Il lui faudrait idéalement une saine concurrence...
En un mot, pour moi, il y a un manque d’émulation dans la région. On me dit que c’est dû à la situation économique. Ce qui m’étonne, c’est que si on passe de l’autre côté de la frontière linguistique, dans chaque patelin, il y a une galerie. Le moindre employé de banque achète de la peinture, de la gravure, du dessin… c’est incroyable, le nombre de galeries qu’il y a en Flandres ! Peut-être qu’ils ont un peu plus de moyens que les Wallons… mais… je connais un apprenti coiffeur flamand qui a épargné, avec ses pourboires, plusieurs mois, pour acheter une œuvre de Lismonde !
Il y a aussi des apprentis coiffeurs dans la région de Charleroi ! Là, on touche au sujet de l’éducation. Et donc, on revient à la politique dite « culturelle » que l’on veut mener dans la région. La politique culturelle à Charleroi est quasiment inexistante. Et malheureusement, dans les mains de la politique. On attribue des travaux, des achats pas toujours judicieux. Et qui coûtent très cher bien souvent. Trop cher, même. La politique des petits copains. Qu’il y ait un rappel quelque part des éditions Dupuis, oui ! Mais pas à tous les carrefours ! Surtout quand Dupuis quitte la région! Je ne comprends pas.
Voilà nos responsables culturels ! Qu’ils aillent voir à l’étranger, il y a suffisamment d’exemples. Comment ça peut marcher ? Comment va-t-on changer ça ? Je n’en sais rien.
Propos recueillis par Julie Wauters
18 janvier 2007