Le jury a surtout voulu souligner la qualité du travail qui était accompli dans un contexte difficile. Il est clair qu’entre le B.P.S. 22, à Charleroi, et Extra City, à Anvers, le contexte de travail n’est pas du tout le même. La réalité, qu’elle soit politique, économique, sociologique, historique, est très différente. La Wallonie est davantage nostalgique d’un passé qu’elle idéalise complètement. Il y a ici un grand problème vis-à-vis de la « culture contemporaine », au sens le plus large du terme.
Je pense qu’au niveau individuel, il y avait d’autres personnes, en Wallonie et à Bruxelles, qui méritaient ce prix autant que moi ; mais c’est vrai qu’au niveau institutionnel le B.P.S. 22 est un peu seul. Il y a le MAC’s (Musée des Arts Contemporains, installé depuis 2002 sur le site du Grand-Hornu – NDLR), mais qui a une vision plus muséale. Ce que la notion d’aide à l’art contemporain comprend d’art expérimental, de recherche, de prises de risque, de nouvelles réflexions sur la manière de montrer l’art aujourd’hui, là oui, on est complètement seuls.
« B.P.S. 22 », c’est le bâtiment provincial Solvay qui se situe au 22 du Boulevard Solvay, sur le site de l’Université du Travail. « B.P.S. 22 Project », c’est l’équipe qui gère et qui mène des projets dans et hors du B.P.S. 22, comme par exemple l’exposition Marthe Wéry que nous avons organisée à Tournai. C’est l’équivalent du secteur des arts plastiques de la Province de Hainaut, mais en terme de communication, le sigle B.P.S. 22 passe beaucoup mieux.
Le B.P.S. 22 a été conçu comme une plate-forme de diffusion culturelle. Nous voulons travailler au rayonnement de la culture contemporaine. Et quand je dis culture, c’est au sens large. Ca implique la dimension politique, la dimension sociale, la dimension économique et la dimension culturelle au sens restreint. Le but, c’est de contribuer à l’émergence en Wallonie de cette « culture contemporaine » dont je parlais tout à l’heure. Cela passe par une sensibilisation à ces enjeux-là de toutes les couches de la population, favorisées comme défavorisées, et par la diffusion des artistes que nous soutenons.
Nous pointons des artistes dans la Province et nous travaillons pour eux de manière à leur créer des ouvertures sur les scènes nationale et internationale. Par exemple, nous présentons actuellement notre collection à La Criée, à Rennes. Le directeur a été très impressionné par le travail d’Edith Dekyndt et de Patrick Everaert, deux artistes hainuyer qu’il ne connaissait pas. De la même manière, nous lançons le projet A4 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (voir Latitude 3 – NDLR) où nous présentons, dans de très bonnes conditions professionnelles, le travail de Raphaël Van Lerberghe, un jeune artiste de la région de Chimay. Je pense que ça va déboucher sur une série d’opportunités pour lui, à Bruxelles et en Belgique.
Nous développons aussi avec des artistes des modules pédagogiques dans toute la Province. Ce sera par exemple le cas en janvier avec Bob Verschueren, à Péruwelz. Ce sont aussi des opérations de sensibilisation à l’art contemporain que nous réalisons dans les villages autour d’œuvres de la collection. Il s’agit d’un travail de diffusion qui est peut-être moins visible, mais qui existe bel et bien.
Nous avons une responsabilité à l’égard de tous les artistes de la Province. Notre implantation à Charleroi a laissé penser à certains que nous allions avoir une mission exclusivement tournée vers les artistes carolos. Or, c’est prioritairement à la Ville de travailler pour les artistes de Charleroi. Notre rôle est d’abord provincial.
Nous avons défini quatre axes qui servent de structuration et qui permettent d’insérer toutes les œuvres dans une réflexion globale : le surréalisme, puisque le Hainaut a une contribution essentielle au développement de ce mouvement ; les artistes de la Province du Hainaut, pour lesquels nous avons un rôle d’aide à la création et aux jeunes artistes ; les œuvres qui étudient le rapport entre l’art et le pouvoir ; et un volet centré sur tout ce qui concerne les témoignages de société, les œuvres d’art qui nous parlent de l’époque où elles ont été produites. La collection de la Province de Hainaut comprend maintenant à peu près 5800 pièces, réparties sur plus d’un siècle puisque les premiers achats datent de la fin du XIXe siècle.
Pour le moment, nous attendons avec confiance l’accord de la Vlaamse Gemeenschap pour accueillir l’exposition d’Honoré δ’O, qui a été présentée à la Biennale de Venise. Ce sera une collaboration avec le Mukha d’Anvers. Pour septembre et octobre 2006, nous avons un grand projet d’expo avec Johan Muyle, et pour 2007, avec Kendell Geers en collaboration avec le SMAK à Gand et le Baltic Center for Contemporary art en Grande-Bretagne. Il y a encore d’autres propositions, mais nous devons voir à quel point elles sont réalisables.
Tout cela en menant à terme le gros projet qui consiste à nous installer ici définitivement, puisque jusqu’à présent, nos bureaux sont toujours à La Louvière. Et fin 2006-début 2007, commenceront les travaux d’extension : Le B.P.S. 22 deviendra le Musée de la Province de Hainaut et fera alors 2500 m2. Ce sera le plus grand musée de Wallonie. Cette extension nous permettra aussi de travailler d’avantage sur des projets plus modestes avec de plus jeunes artistes.
Propos recueillis par Estelle Spoto