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Interviews

Kevin Tramacere

Kevin Tramacere
Kevin Tramacere est juriste dans une étude notariale de Charleroi. Ses temps libres, il les consacre à la musique, sa passion depuis des années. Avec trois amis, il a créé le groupe eawa. Entre le rock, la pop, et le trip-hop. Ils se retrouvent tous les dimanches après-midi, à Châtelet.

Le Groupe


On est une formation de quatre personnes. La moyenne d’âge du groupe est de 25-30 ans.
L’orientation musicale, c’est du rock, pop, trip-hop. Avant de jouer ensemble, on avait des goûts différents. Notre groupe, c’est un peu un mélange d’horizons différents. Avec une chanteuse, un guitariste, un bassiste et un batteur.

L’essentiel de notre travail, c’est la composition. Ça se passe toujours plus ou moins de la même façon - on a essayé de changer cette formule, mais il s’avère que c’est la formule gagnante ! - : en général, je compose ce qui est mélodique, le bassiste propose alors tout ce qui relève de la rythmique (basse + rythmiques électroniques sur PC). Une fois que ce travail à deux est fait, on le présente à la chanteuse, qui crée le texte en anglais, et ensuite, le batteur travaille en "couple" avec les rythmiques électroniques.

Le groupe existe depuis fin 2003, début 2004. On a commencé à trois, avec Valérie la chanteuse - ma sœur - et Michaël le bassiste. On a travaillé pendant pas mal de temps sur des compositions, mais on n’avait pas de batteur pour faire des concerts. Alors, on a sorti une démo fin 2004, début 2005. C’est en mai 2005 qu’on a trouvé un batteur, un ami de ma sœur, Jean-Michel, et, du coup, la nouvelle phase du groupe a été lancée : on est en préparation des concerts.

On a donné notre premier concert, dans le cadre du festival 1.5, à Namèche, près de Namur. C’était le 10 septembre 2005. On a eu beaucoup de chance, parce que ça s’est très bien passé ! D’abord, parce qu’au niveau gestion du stress, on a bien fait ça… On a pu se lâcher, j’avais un peu peur qu’on bloque… et puis, parce que le public a suivi : il y a eu un retour à chacun des morceaux, des applaudissements, un rappel… Bien sûr, il y avait des copains qui étaient présents, mais pas seulement. On a vendu 8 démos ! (et pas à nos copains, puisque ils les avaient déjà…).

Vu que ça s’est bien passé, ça nous a bien motivés pour l’avenir… En tout cas moi ! Je me suis vraiment senti à l’aise.



Mot-clé du groupe : la composition



On est tous les quatre autodidactes. Et je dois dire qu’on n’a pas un mauvais niveau ! On a tous appris sur le tas, on n’a pas fait l’académie.

J’ai appris la musique à l’université. J’ai commencé en 2e candi, j’avais un copain qui jouait de la guitare, et ça m’a donné envie de commencer. La guitare, pour ça, c’est un instrument pratique. Parce que tu peux vite trouver des petites mélodies, même si tu n’as pas énormément de technique derrière toi. Les résultats sont vite là !

Pour ma part, j’ai une très bonne oreille qui me permet de retrouver facilement et de jouer les notes que j’entends. Ça m’aide à mettre en musique ce que j’ai dans la tête : je murmure la mélodie tout en cherchant les notes correspondantes sur ma guitare ; en général je retrouve toute la mélodie assez vite. Et je suis aussi souvent allé voir sur Internet. Il y a des choses qui sont très bien faites sur le net : des tablatures et des leçons diverses, grâce auxquelles on peut apprendre les accords, les gammes, la technique…

Je n’ai aucun regret de ne pas avoir suivi l’académie. Parce que j’ai déjà remarqué que ceux qui ont étudié dans une école de musique, qui ont atteint un excellent niveau, ne jouent plus après leurs études. Ou alors ils continuent à interpréter, ils font des reprises. Il n’y a pas de composition. Peut-être qu’on a plus peur, quand on a fait l’académie, parce qu’on s’est retrouvé confrontés à des auteurs, des compositeurs, des musiciens phénoménaux, et on n’ose pas s’exprimer. Quand on apprend tout seul, ce n’est pas la même chose. On n’a pas la même pression, on joue ce qui nous passe par la tête et lorsqu’on écoute quelqu’un, si c’est difficile, on se dit quand même « dans un an, j’arriverai à le faire aussi… ».

Moi, je ne fais que composer. Je n’ai pas un niveau technique excellent (enfin, je me défends quand même), mais, au moins, j’arrive à mettre ce que j’ai dans la tête en musique. Mon apprentissage de la musique, ça a été ça : arriver à mettre en musique tout ce que j’avais en moi.

Mes mélodies viennent de manière vraiment spontanée et anarchique. Ça ne marche pas quand j’y réfléchis, ou quand je m’oblige à trouver. Ça arrive comme ça, toujours tout seul. Alors, quand j’ai ma guitare à côté de moi, c’est facile. Mais parfois, ça vient au boulot, en voiture… Ce n’est pas du tout contrôlé !

Ça me passe par la tête, et je le mets en musique. Ma sœur, la chanteuse, écoute quelque chose qui existe, et vient se greffer dessus. Ce sont deux modes de création totalement différents.

J’ai joué pendant longtemps tout seul. Mais là où j’ai vraiment découvert un intérêt à la musique, c’est quand j’ai commencé à jouer dans le groupe. Parce que c’est gai de composer, mais l’idée de départ prend toujours du sens grâce aux autres. Et ça, c’est le groupe qui me le donne. Je mets l’impulsion de départ, mais c’est le groupe, avec tous les apports de chacun, le mélange des inspirations, qui permet de donner de l’ampleur au morceau. Peu à peu, j’ai appris à sentir les goûts de chacun, ce qui peut être fait pour le groupe, et ce qui ne peut pas.

Notre musique change déjà. Au début, les premiers morceaux étaient vraiment dans la veine « Massive Attack », ou s’en inspirait en tout cas. Avec le temps, notre travail a un peu évolué vers le rock. On préfère maintenant, des trucs qui bougent un peu plus.

Notre musique est très personnelle. Elle ne fait pas penser à un groupe en particulier.


Projets


Nos projets sont maintenant tournés vers les concerts. Je pousse le groupe vers ça. Parce qu’on a quelque chose à prouver aux autres, au public, on a quelque chose à faire découvrir, mais aussi parce qu’on a quelque à nous prouver à nous-mêmes.

Et puis, le concert, c’est le plaisir du musicien. On a bossé pendant un an et demi. Maintenant, on a envie de jouer !

Donc, première phase : les concerts ; puis, ce sera l’album. Car depuis fin 2004, époque de notre démo, on a créé pas mal de nouveaux morceaux qui sont vraiment chouettes, et qu’on aime beaucoup. On voudrait en faire quelque chose !

Je suis en train de réfléchir à un package qu’on pourrait donner aux responsables des programmations, avec la démo, une petite biographie du groupe et une fiche technique.


Les rapports avec mon métier


Le boulot que je fais, c’est un métier qui demande beaucoup de sérieux, dans les attitudes à avoir, les choses à penser. Dans mon travail, je rends un peu service aux gens (c’est aussi ça qui rend ce job intéressant), mais la musique, ça touche à mon âme, c’est ma passion. Je suis très intéressé par mon métier, par le droit en général. Mais la musique, c’est mon truc à moi. Je ne serai jamais passionné par le droit. Ce sont deux plans différents. Et j’ai besoin des deux.
Les autres sont enseignants, ils éprouvent la même chose par rapport à la musique. C’est leur « truc à eux »…



La définition de la culture


Dans la culture, il y a deux choses. Il y a un ensemble fait des usages et coutumes d’une communauté donnée, qui nous préexistent. C’est un peu la définition traditionnelle. Ce serait la partie qui existe en amont.

Et après, ce qui vient, c’est la créativité, l’artistique. Qui apporte quelque chose à ce qui existe. Ce sont des nouveaux apports que tu crées et qui participent à l’âme de la communauté de départ.

La culture, c’est ce qu’il y a de fondamental, et qui nous différencie des simples robots. Mon métier participe plutôt au côté fonctionnel de la société (dont elle a besoin, bien sûr). La musique, la peinture, le théâtre, c’est un peu l’âme des gens. Ce n’est pas simplement une échappatoire ! C’est tout à fait nécessaire… Sans ça, on ne ressemblerait à rien…



La culture dans notre vie


La culture fait partie des choses dont on a besoin.

Entre nous, on parle souvent de ce qui nous a marqué, on discute beaucoup de culture. Par exemple, le bassiste est très branché cinéma, notamment les films d’auteur. Il m’a déjà fait découvrir pas mal de trucs. Mais je n’ai pas un genre de prédilection en cinéma… J’ai beaucoup aimé « Collision », que j’ai vu récemment. J’ai trouvé ça très prenant, interpellant. C’est vraiment centré sur la psychologie des gens, leurs histoires s’entrecoupent. « Living Las Vegas » m’a aussi beaucoup marqué.

Ma sœur est romaniste, elle adore la littérature et le théâtre. Nous venons d’ailleurs assez souvent à l’Eden pour voir des pièces.

Jean-Michel, le batteur, est très attiré par le dessin et la peinture.

On va à énormément de concerts.
Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on n’a aucune envie de faire l’impasse. En dehors de la musique qu’on joue, le fait d’aller voir des autres musiciens, et des autres artistes en général, ça éveille notre intérêt. La créativité des autres peut nous inspirer.

Nos goûts se rejoignent parfois en musique : on adore tous les quatre Radiohead, Massive Attack, Placebo, Pink Floyd… Il y a peu, Mica m’a fait découvrir Sufjan Stevens, un artiste américain qu'on va voir en octobre. Il a un projet spécifique qui a ceci d’intéressant : il veut faire une musique représentative de chaque état des Etats-Unis. C’est une musique très touchante, parce qu’il parle beaucoup des gens. Un peu folk, avec des éléments de jazz.

On est moins enclins à se déplacer pour des expositions. Mais je crois que c’est parce qu’on ne s’y connaît pas… Il faudrait qu’on accorde plus de temps à la sculpture, par exemple.



La culture dans la région


On est tous originaires de Charleroi.

Je pense que pour les petits groupes, il n’y a pas assez de cafés concerts. C’est un peu dommage pour nous, parce qu’on aimerait bien aussi jouer dans notre région…

On a envie de participer au Carolo Music Rallye. Je crois qu’on a quelque chose d’intéressant à proposer à la région. Parce que quand on pense à Charleroi, on parle toujours d’Hardcore. C’est vrai qu’à un moment, il y avait beaucoup de groupes de Hardcore et de Néo Métal dans la région, mais maintenant ça ce diversifie ! Nous justement on propose autre chose!

Au niveau théâtre, avec l’Eden, le Palais des Beaux-Arts, le Théâtre de l’Ancre… Et une école de danse classique réputée... Je crois qu’il y a vraiment pas mal de choses qui se passent ici, dans la région de Charleroi au sens large, mais je ne suis pas sûr que tout le monde soit au courant… C’est peut-être une question de promotion…

Je crois qu’il faut amener les gens à l’art, parce qu’ils n’y vont pas spécialement d’eux-mêmes, à cause de leur vie de famille, leur boulot. Il faut pouvoir susciter ce trajet vers l’art. Il y a probablement un manque à Charleroi, au niveau de l’éducation.

Au niveau des jeunes, je crois que c’est très difficile de les amener à l’art, parce qu’il y a la culture de masse américaine, qui est très largement imprégnée dans leurs habitudes, dans leur façon de se comporter… Pour les toucher et les amener à une « autre » culture, c’est très difficile. Mais il y a moyen !

Pour les adultes, il y a une sensibilisation par rapport à l’art et ce qu’il apporte dans une vie qui est à faire. Je pense que l’art ne devrait pas être pour eux juste un moyen de passer le temps quand on a rien d’autre faire, mais une façon d’amener les choses, de susciter un intérêt intellectuel. Je ne sais pas comment faire, mais je crois qu’il y a moyen, peut-être par le biais d’une institution culturelle soit nouvelle soit existante…

Il y a des choses qui existent dans la région, par rapport à ce que certains pourraient croire. Et il y a aussi des choses à faire. Par exemple dans les communes avoisinantes de Charleroi. Ici, c’est quand même très axé sur le centre-ville de Charleroi. L’accès à l’art devrait être multiplié. Parce que les gens ont peut-être envie de voir autre chose, d’aller ailleurs, de changer d’endroit.

Visitez le site : http://www.eawa.be/

Propos recueillis par Julie Wauters