J’ai toujours été intéressé par le domaine des arts.
J’ai été enseignant en hôtellerie pendant 15 ans, à l’école hôtelière de Marcinelle. Je trouve que l’hôtellerie est un travail artistique. J’étais spécialisé en pâtisserie, où je faisais des décors en sucre, en chocolat… Suite à un problème de santé, j’ai arrêté et je me suis tourné vers la céramique.
J’ai alors suivi quelques formations. Une formation à l’académie de Charleroi en céramique, avec Monsieur Marc Feuillien. Une autre, pluridisciplinaire, à l’académie de Châtelet, avec Monsieur Michel Mousset. Une autre encore, en ferronnerie artistique de Mont-sur-Marchienne.
Aujourd’hui, je me consacre à la céramique et aux collages et je viens de créer une entreprise d’économie sociale pour le travail de ferronnerie artistique.
Cette entreprise d’économie sociale permet l’insertion des personnes qui ont des difficultés, et qui sont intéressées par l’art. Parce que les personnes qui suivaient une formation en ferronnerie à l’école ne savaient pas facilement trouver un emploi. Ici, ils ont l’avantage de pouvoir travailler, de créer leurs structures, leurs pièces, et d’être au sein d’une entreprise qui commercialisera leurs réalisations.
La place de la culture dans ma vie est très importante, parce que je crois que c’est quelque chose dont j’ai besoin, dont tout le monde a besoin. Malheureusement, on ne sensibilise pas assez la jeunesse à la culture. Je trouve qu’il y a un manque de participation des écoles dans les expositions, par exemple, pour essayer de faire comprendre ce qu’est l’art à des enfants.
Je m’investis dans la culture de Montigny-le-Tilleul, où j’habite, en tant qu’administrateur de son centre culturel. D’une manière générale, je m’intéresse à tout ce qui se fait dans la région. Chaque fois qu’il y a une exposition dans le coin, je me déplace.
Mais je m’intéresse aussi à ce qui se fait à l’étranger : je vais voir des musées en Allemagne, en France, je rentre d’un voyage en Suède. J’ai pu constater d’ailleurs que la Belgique avait un considérable retard par rapport à ces pays que sont l’Allemagne et la Suède, au niveau muséologique notamment : présentation des collections, lieux d’exposition, liberté d’appréciation (il y a un musée où toutes les informations sur les œuvres sont cachées, on n’a aucune influence sur l’œuvre quand on lui fait face.)… Et puis, en Allemagne, les personnes qui ont des œuvres reçoivent des avantages pour les exposer… Alors qu’en Belgique, celui qui a quelque chose de valeur le cache ! Ils ont peur du fisc… En Allemagne, ils sont détaxés !
J’ai un penchant pour le contemporain. J’aime beaucoup aussi le design.
Je m’intéresse également au théâtre, je suis allé voir plusieurs spectacles du festival bis-ARTS. J’aime la musique, aussi, que ce soit de la musique moderne ou classique.
Je suis vraiment interpellé par tout ce qui concerne l’art !
Je trouve qu’en Belgique, l’artiste n’est pas assez reconnu : on ne lui donne pas d’aide pour la création, la recherche. Il faut pourtant bien penser que les artistes ont besoin de temps, de moyens financiers, et s’ils sont obligés de se consacrer à un travail rentable, ils perdent du temps au point de vue artistique, ils perdent du temps pour leur inspiration… C’est tout un problème de développement en Belgique, pour augmenter la participation financière de l’Etat dans la culture.
La culture, c’est réaliser des œuvres, faire partager les goûts, la vision qu’on peut avoir par ses œuvres. C’est pour ça que je disais plus haut que je considère qu’il y a un manque de participation des écoles dans le cadre du développement artistique. Ce serait intéressant de faire participer des artistes dans les écoles, pour faciliter ce qui se perd de plus en plus : la réalisation de créations. Un artiste pourrait apprendre des techniques aux enfants, les enseignants n’ont pas la formation pour… Et les enfants aiment ça !
Je crois que si on développe la culture, ça permet d’avoir une ouverture d’esprit, une plus grande approche des autres. La culture permet d’éviter des phénomènes tels que le racisme… Si on pouvait faire participer les jeunes à tout ce qui est culturel, on pourrait éviter des événements tels que ceux qui se sont passés dans la banlieue parisienne il y a peu…
Je trouve qu’il n’y en a pas assez. Il y a aujourd’hui des artistes qui sont toujours ignorés.
Cela vient peut-être du fait que les personnes qui s’occupent de la sélection ne sont pas nécessairement des personnes issues du milieu de l’art. Ce sont des personnalités politiques, qui considèrent parfois trop l’art comme une vitrine pour s’imposer au public… Il y a beaucoup de lieux à Charleroi où c’est uniquement le politique qui mène la barque.
Dans notre projet, l’« Usine de la Providence », - qui est, en fait, l’ancien musée de l’industrie -, on veut consacrer un lieu à l’accueil des artistes sans avoir dans nos pieds des politiques, ou des religieux… On veut un lieu où chacun est libre de faire son art, de s’exprimer. On souhaite, nous, montrer, faire connaître ces gens-là.
C’est une usine qui dépendait de Cockerill, et qui est devenu ensuite le musée de l’industrie. Ce bâtiment a été abandonné par la Ville de Charleroi, il y a cinq ans. Il y avait deux solutions : soit un privé achetait le lieu, soit la Ville rasait le bâtiment.
Avec le collectif des « Têtes de l’Art », nous avons trouvé que c’était trop triste de voir disparaître une structure et un passé que beaucoup de gens ont connu. Et nous avons d’acheter ce lieu et de le rénover pour permettre à des artistes de venir s’y exprimer. Que ce soit des musiciens, des comédiens, des danseurs, des plasticiens… Il y a déjà un artiste acrobate qui est venu… On est ouvert à tout !
Nous comptons proposer à des artistes d’installer leur atelier dans nos locaux. Et nous souhaitons que, pendant que les artistes sont au travail, le public puisse venir voir ce qui se fait. Ça permettrait de comprendre comment l’artiste travaille, et l’artiste peut alors expliquer ce qu’il ressent, comment il interprète. On pourrait connaître vraiment son sentiment. Ce serait bien d’envisager d’inviter des écoles à visiter le lieu, ce serait une invitation au dialogue… Quand on voit une œuvre terminée, on ne comprend pas toujours… Même si, parfois, il n’y a rien à comprendre !
Nous fonctionnons actuellement sur fonds propres pour la rénovation de notre lieu. Nous recherchons des aides. Nous sommes ouverts à toute forme de soutien…
Les Têtes de l’Art, c’est un collectif d’artistes créé il y a dix ans à l’initiative de Michaël Sacchi. Il a rencontré d’autres artistes et ils se sont regroupés pour organiser d’autres expositions dans des lieux non aseptisés…
L’idée de base, c’est d’être ensemble, de faire la fête ensemble, d’exposer ensemble (dernière expo : dans le cadre du « Parcours 6T », à Charleroi), de ne pas tomber dans des lieux qui sont aseptisés… ici, on a toutes libertés. On ne veut pas que le politique vienne mettre la mainmise sur le lieu, et après, venir diriger par après, comme ça s’est déjà beaucoup vu par endroits.
Toutes les disciplines sont abordées dans ce groupement.
Ça fait quatre ans que je les ai rejoints, je les ai vus dans des expositions, et cela m’a interpellé : j’ai trouvé que leur idée était bonne, et voilà !
On est évidemment ouverts à tout le monde… si quelqu’un veut nous rejoindre !
Visitez le site des Têtes de l'Art : http://www.tetesdelart.org/
Propos recueillis par Julie Wauters