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Interviews

Gian Franco Burattin

Gian Franco Burattin
Gian Franco Burattin
Gian Franco Burattin
Gian Franco Burattin travaille comme forgeron depuis longtemps au musée de l’industrie. Aujourd’hui, il s’attelle avec les Têtes de l’Art à la rénovation culturelle du lieu.
Parce que, pour lui, « le passé, c’est une réponse à l’avenir ».

Portrait

J'ai fait dix-sept métiers dans ma vie, je ne vais pas tous les expliquer ici !

Aujourd’hui, je suis forgeron.

La forge, c'est un hobby que j’exerce depuis pas mal d'années. Je suis allé apprendre mon métier à l'étranger, où j'ai suivi beaucoup d’ateliers, sur le tard (j’ai 47 ans). En Belgique, une telle formation n'existe pratiquement pas, en tout cas dans le côté sud du pays.

J'ai travaillé dix ans au musée de l'industrie, en tant que forgeron. Grâce à cela, j’ai eu la chance d'accueillir ici en résidence des artistes venus du monde entier, comme César, par exemple.

A l’époque du musée de l’industrie, on faisait déjà des stages et des formations. Quand ils ont fermé, j’ai donné des cours de ferronnerie dans une école. C’est ce que je fais encore aujourd’hui, dans notre toute nouvelle entreprise d’économie sociale : je remets au goût du jour le métier de ferronnerie, tel qu’il était pratiqué avant. Au lieu d'utiliser la forge industrielle, on retravaille, mes élèves et moi, les vieilles techniques, avec le marteau….

Je donne cours, pour partie, à l'école industrielle de Mont-sur-Marchienne. Le reste du temps, je donne cours ici. C’est l’Université du Travail qui m’emploie. Au total, ça fait 60 élèves, principalement du secondaire inférieur.

Chaque élève vient avec ses demandes particulières. La finalité n'a pas d'importance. Il y en a qui viennent pour faire des couteaux, d'autres veulent faire de la sculpture, ou du mobilier. Il y en a qui veulent réaliser des grilles… C'est très vaste ! On répond le plus possible à la demande, même s'il y a une série d'imposés.

D’autre part, pour certains de ces élèves, c'est un hobby, pour d'autres, c'est l'occasion de se former parce qu'ils sont au chômage… Cette entreprise d'économie sociale a un peu été créée à la demande des élèves, parce qu'ils se rendaient compte qu'en sortant de l'école, ils ne pouvaient pas faire les frais nécessaires pour le matériel, les investissements étatnt trop lourds pour des particuliers. C'est pour ça qu'on a décidé de travailler tous ensemble.

La culture dans ma vie

Je suis italien. Mes deux parents sont italiens, ils sont venus ici pour travailler dans les charbonnages. On parlait italien à la maison. Donc, je vis la différence de culture depuis toujours.

Je me suis très tôt demandé pourquoi il y avait une différence de culture, et je me suis intéressé à la question particulièrement. Cette question, je ne lui ai pas donné de réponse ; je me la pose encore maintenant : mon travail, c'est toujours une recherche sur la différence de culture.

Est-ce une richesse de cultiver la différence ? Ou est-ce que tout le monde doit avoir la même culture pour éviter les conflits ? En ce qui me concerne, je crois que la richesse est dans la diversité. Pour moi, c'est dans la différence de chacun qu'on va pouvoir continuer à évoluer.

D'un autre côté, c'est la différence des cultures qui engendre des conflits…

C'est toujours en balance entre les deux… Où est l'équilibre ? Il faut le trouver !

Je fais de la sculpture sur métal, mais c'est un peu entre parenthèses pour l'instant, parce que j'ai énormément de projets.

D'un point de vue purement technique, une sculpture, c'est plus ou moins un mois de travail. Mais, en plus de ça, il y a toute la maturité de la pièce… ça met un an, deux ans, trois ans. Pendant cette période, on cherche la suite. La maturation de la sculpture va à son propre rythme. A un moment donné, ça va de soi, ça saute aux yeux, ça devient clair. Il ne faut pas rechercher quelque chose de trop précis… A partir du moment où on cherche quelque chose de particulier, en général, on passe à côté. Il faut laisser les choses se faire. Il faut laisser aller le feeling, la sensibilité.

J'aime énormément le contact avec l'acier. Il y a un côté ludique dans ce contact. Je fais aussi beaucoup de terre, mais je reviens toujours au métal, parce que pour moi, c'est plus facile. Il faut faire avec les choses qu'on a sous la main ! S'il y avait déjà des barrières techniques avant de démarrer, alors on ne ferait rien !

Ma définition de la culture

La culture, ça permet de faire ressortir des émotions que vous n'avez même pas soupçonnées, qui viennent d’une recherche introspective...

Ça permet d'évacuer pas mal de stress, d'angoisse…

La culture, c’est une thérapie.

Statut de l’artiste

Ce serait bien que les artistes soient un peu plus aidés. Par exemple, à Charleroi, il n’y a pas d’endroit pour permettre aux artistes de travailler.

Généralement, ils doivent se contenter d’un statut social minimal, le CPAS ou le chômage. Ce n’est pas normal. Parce qu’alors, ils sont poussés par l’avidité de réussir quelque chose pour se nourrir, et ça, c’est pas la bonne piste. Donc je pense qu’un statut de l’artiste favoriserait leur travail.

Mais je pense aussi que c’est dangereux d’installer les artistes dans trop de confort… Tout le monde voudrait avoir ce statut d’artiste... Donc, c’est difficile à mettre en place. Il faut rester vigilant.

La culture dans la région

C'est ici que ça se passe !

Ici, c'est une marmite. Dans tous les secteurs : que ce soit les sculpteurs, les peintres, les musiciens… Je suis étonné de voir le potentiel qu'il y a dans la région. Très fier et très étonné.

Toute cette énergie qui a été soulevée par les générations passées, tout ce travail… le fait que ce soit difficile de vivre à Charleroi a obligé les gens à chercher au plus profond d'eux-mêmes. Et les artistes expriment via leurs créations ces conditions de vie.

Le passé est très important pour la création artistique. C'est pour ça qu'on s'est installés ici, avec les Têtes de l’Art. Quand on entre dans ce lieu, on est tout de suite pris ! Ça sent encore la sueur, le sang. On sent qu'il y a eu quelque chose, et ce n'est pas prêt de s'effacer.

Je pense que le passé, c'est une réponse pour l'avenir.

La région de Charleroi, c'est un magma de cultures différentes, et tout ça bouillonne ensemble. Et tout ça donne quelque chose de nouveau, justement grâce au multiculturalisme.

Propos recueillis par Julie Wauters

Visitez le site des Têtes de l'Art : http://www.tetesdelart.org