Je suis plasticien, autodidacte. Je suis né à Charleroi en 1970.
Actuellement je vis à Thuin, je continue de travailler ici, dans cette région.
J’ai habité Anvers pendant deux ans, puis Bruxelles. Anvers est ma ville préférée en Belgique, mais je me sens bien ici. Charleroi, c’est mon jardin, c’est chez moi et Thuin c’est le paradis !
Je travaille beaucoup les installations et la peinture : ce sont mes premières amours.
Pour mes installations, j’utilise toutes les techniques d’aujourd’hui. Cela va des matériaux les plus simples, comme le plâtre, jusqu’aux matériaux composites. Mais je pense que l’artiste n’a plus à se soucier de la technique. L’évolution va si vite ! Si on a quelque chose à dire, on peut se servir de n’importe quel matériau. Utiliser un créneau précis et l’exploiter ne m’intéresse pas, cela m’ennuierait terriblement.
Je fais ce travail dans le but de susciter des émotions, éveiller des sens. C’est toujours un questionnement par rapport à ce que je vis, ce qui m’entoure et cela régit ma vie. Ça influence aussi mon humeur.
Dés que je fais quelque chose, j’ai l’impression que cela peut partir dans tous les sens, comme un feu d’artifice « il faut que ça sorte »…
Un jour, un collectionneur d’art m’a dit : « Si un artiste plasticien a quoi que ce soit à prouver, c’est par le résultat de son travail et non par ses discours ». Il avait absolument raison. Si on a quelque chose à prouver, c’est par le résultat du travail…
Qu’est-ce qui serait réellement bien comme statut ? Amener son dossier au ministère de la Communauté française une fois par an pour être reconnu ? Mais alors, ça voudrait dire qu’il y a des critères… Quels sont-ils ? Avec des expos à l’étranger et en Belgique ? Comment juger ? C’est un concentré d’artistes au kilomètre carré ici !
C’est simplement une reconnaissance que l’on cherche, vis à vis du chômage, d’une couverture sociale… L’état ne doit pas nous donner de l’argent comme cela par le simple fait d’avoir une démarche artistique.
J’ai envie de dire que l’on est bien en Belgique, l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs !
Dans d’autres pays, les artistes reçoivent des subsides de l’état. Le résultat est qu’ils ne sortent pas beaucoup de chez eux ! Ils ne doivent plus livrer bataille… Ici on se bat pour des statuts. Devoir se battre pour obtenir ce que l’on demande, c’est stimulant. Je crois que si on veut quelque chose dans la vie, on retrousse ses manches et on bosse.
C’est une question compliquée. Les réponses que l’on donne pourraient être différentes chaque jour, en fonction de notre humeur.
La culture pour moi a une importance incroyable, surtout à l’époque actuelle. Elle peut changer le monde et doit être pensée comme un éveil par les acteurs culturels qui ont le pouvoir de la présenter. Si tout le monde se cultive un peu, on peut avoir une ouverture plus grande sur l’autre.
Notre société en aura un jour assez de subir le capitalisme. D’autre part, au niveau de notre éducation judéo-chrétienne, tout s’est un peu effondré : aujourd’hui nous sommes en train de construire nos propres points de repères.
Je pense que les artistes peuvent aider à construire ces nouveaux points de repères. Et c’est aux artistes de le faire entendre. Mais attention, je n’ai pas de système de valeur qui touche à une religion ou à la laïcité ! C’est simplement un dialogue, un langage humain…
J’ai envie de citer ce petit paragraphe, qui rejoint tout à fait ce que je pense : « Les artistes participent à la capacité de faire réemerger des systèmes de valeurs, qu’il convient de protéger, d’initier ou de réimpulser dans de nouvelles voies. Les créations dans tous les domaines de l’expression contemporaine peuvent accompagner notre compréhension et ainsi inventer de nouvelles voies ».
Est-ce qu’il y a vraiment cette volonté de la part des politiciens ? Est-ce qu’il est bon d’avoir des gens cultivés ? Plutôt qu’un troupeau de moutons.
Je ne critique pas les politiciens. Je parle beaucoup avec eux, j’ai envie d’en soutenir quelques-uns, par mon droit de vote. Je vote toujours en fonction du programme culturel des partis. C’est vrai qu’on est plus souvent trompé qu’autre chose, car ils n’attachent pas beaucoup d’importance à la culture. Mais il faut quand-même y croire. Par contre La culture, ici, est parfois récupérée par la politique. Ça pourrait faire penser à certains pays de l’ancien bloc de l’est… Moi je vois plutôt cela comme une tradition. Il faut que l’on travaille ensemble, car pour l’instant nous avons la chance que la culture n’est pas la chose qui doit être rentable à tout prix…
Sans culture, je serais terroriste, pour la culture !
Je sais que notre culture n’est pas innée, et on aurait tort d’essayer de l’imposer aux autres. C’est un échange. Même si il faut maintenir sa propre culture sans entrer dans des clichés ou stéréotypes de masse.
Dans ma vie, c’est une contemplation extrême, et paradoxalement, une frustration… Je pense qu’il faut la sauvegarder, et continuer à résister. On ne vit pas dans un monde merveilleux, le monde est comme il est, et c’est nous qui le rendons tel qu’il est ! Mais grâce à nos ouvertures, nous pouvons le rendre meilleur.
Je me demande si parfois la culture est un luxe. Mais ce n’est pas le plus important car actuellement on peut se le payer et je défendrai toujours les gens qui font un très bon travail.
Quand je me suis installé à la campagne, j’ai remarqué que pour aborder la culture, on parle d’argent et des moyens qui y sont mis. Peut-être que certains ont l’impression que cela brasse des milions, alors que d’autres savent et constatent que ça ne fonctionne pas comme cela, il y a très peut d’argent.
C’est difficile pour les régions rurales d’organiser des évènements. Parce que notre pays est tout petit, et il est très simple de prendre sa voiture et d’aller voir ce qui se passe dans la ville d’a côté. Donc, les acteurs culturels d’ici doivent miser sur le facteur qualitatif, créatif. Ils ne peuvent pas se mesurer face a de grosses institutions. Ils doivent aller chercher des petites choses originales, pour avoir une ligne de conduite bien à eux.
Je suis fier d’être né à Charleroi, Mais j’ai envie d’en être fier par rapport aux autres. Ce n’est pas parce que l’on vient d’une zone sinistrée, qu’on est sinistré soi-même…
J’ai envie de donner une image constructive, qu’il peut y avoir encore une inspiration, qu’il y a de la créativité.
Je crois que la peur que l’on peut avoir de Charleroi vient de l’architecture de la ville. Tout part de là. A mon avis, les gens qui ont fait l’urbanisme pendant les 50 dernières années ne se sont jamais concertés. Tout s’est construit « plic-ploc ». Et ça donne un côté agressif à la ville. Moi ça me plait. J’ai horreur des petites villes pour poupées comme Bruges par exemple…
Ça ne sert à rien d’aller à Paris, Londres ou Berlin et pour un loyer identique, vivre en dessous d’un escalier (rires).
Ici, on peut avoir une certaine qualité de vie, puis Charleroi est une ville qui a une âme.
J’aime parfois sont agressivité et cela nourrit mon travail.
Ce que je trouve vraiment dommage, c’est que la ville est en train de se vider de sa substance. Tous les gens d’un bon milieu social quittent la ville pour s’installer dans la périphérie sud.
Les alentours s’enrichissent alors que le centre ville s’appauvrit. C’est une classe sociale défavorisée que l’on laisse là. C’est tout le contraire des ville Françaises !?!
Propos recueillis par Julie Wauters
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